On ne vous a pas tout dit sur le body positive

Chaque année c'est le même schéma. Les publicités montrant des corps sans défauts, les affiches prônant les derniers régimes à la mode, les pharmacies et leur produits miracles. Bref le retour de la pression corporelle.


Alors peut-on avoir espoir d'un été 2020 décomplexé? C'est l'espoir que nous donnait le body positive.

Mais qu'en est-il vraiment? Le body positive aurait-il perdu son sens?



On ne vous a pas tout dit sur le body positive


Si vous aviez loupé le mouvement (bon c'est difficile!Mais sait-on jamais!) Commençons par un rappel historique.


Le body positive est né il y a 22 ans aux Etat Unis en réaction à l'explosion du nombre de TCA. Le but étant de clamer le trop c'est trop des diktats et du regard des autres qui détruisent chaque année l'acceptation de soi afin, d'enfin se sentir bien et se réapproprier notre corps.


Avec le body positive, on célébrait enfin tous les corps peu importe leurs formes. C'était la fin des tailles 0 et des clavicules apparentes.


Mais où en est-on vraiment du body positive?


Sur le papier on a énormément avancé :

  • On est passé des gourous de la perte de poids, au culte du fitness pour atteindre simplement l'alimentation clean

  • On a eu la pub Dove avec son savon pour toutes les formes supposées nous aider à assumer notre corps

  • On a eu de grandes actrices proclamant la nécessité d'arrêter la pression de la perte de poids à Hollywood pour obtenir un corps irréel

  • Pour même nous soutenir dans le fait d'aimer notre corps par tous les moyens possible en normalisant le recours à la chirurgie esthétique

Ainsi on est passé en une décennie à la définition du corps idéal avec des yeux à un corps idéal avec des fesses. Et ça c'est tant mieux.





Mais et maintenant que fait-on?

Devant notre miroir en sous-vêtements à pincer nos hanches avec des doigts qui étaient jusqu'alors dégoûtés? Parce que après tout ce chemin qu'on a fait, j'ai surtout l'impression que l'on a pris un autre tournant plutôt que d'avancer réellement.


Je vais en choquer plus d'une mais je pense que le body positive a fait son temps et qu'il est l'heure d'avancer vraiment plutôt que de dériver.


D'une part je trouve que le body positive ne célèbre pas tous les corps, ne célèbre pas non plus tous les modes d'alimentation. En effet il semblerait qu'il est choisi d'évincer les tailles 34 et les légumes verts. Comme si les femmes faisant du XS, appréciant réellement manger du brocoli et méditer en chien tête en bas, n'étaient pas légitime pour parler du body positive. Mais l'essence du mouvement n'était-elle pas de célébrer TOUS les corps du moment que la femme se sent bien, sans privation ni body shaming?


Par ailleurs il omet, comme tous les autres mouvements survenus jusque-là, d'aborder le point le plus important : les raisons pour lesquelles les femmes ont autant d'amertume et de haine avec leur corps.

En omettant d'avoir ces conversations, celles qui touchent aux valeurs politiques, sociétales et familiales d'être une femme avec des formes à coup de hashtag, on ôte la responsabilité de chacun de se sentir bien dans sa chair en se sentant bien dans son âme.


C'est le sexisme, l'animalité et la déshumanisation de la femme, c'est l'éducation qui a fait qu'autant de femme aujourd'hui se sentent mal dans leur corps. Et au lieu de chercher à comprendre et à soutenir les femmes qui ont peur de faire l'amour la lumière allumée, peur de faire du sport en public, on pousse vers un nouveau sentiment de culpabilité et d'échec venant d'une pression à sourire devant la caméra pour assumer son corps.


Doit-on arrêter le body positive?

J'espère qu'un jour on prendra un véritable départ pour la neutralité du corps. Une société où il y a de la place pour celles qui ont envie de souligner leur force et beauté, et celles qui n'ont pas envie de faire de leur corps une prise de point de vue politique. J'espère qu'un jour on sera dans une société où la femme n'a plus à justifier ni son 34 ni son 40. J'espère qu'un jour on sera dans une société où apprécier l'épilation au laser ou n'avoir pas envie de s'épiler ne nécessitera aucune justification. J'espère qu'un jour on ne sera plus dans une ère de taille 0 ni dans une ère de body positive. J'espère qu'un jour la femme ne sera plus seulement chair mais quelle sera âme : parce que finalement tous ces mouvements ne sont que des nouveaux moyens de souligner le corps de la femme et de la rendre uniquement un corps. La femme est deux seins, la femme est un ventre, mais la femme est aussi une femme, sans être une enveloppe.


Cessons de vouloir assumer notre corps. Laissons-le simplement tranquille. C'est un véhicule, pas une fin en soi. N'attendons pas que la société change, n'attendons pas de voir naître le prochain mouvement. Reprenons le pouvoir merveilleux qu'est le fait d'être une femme : dedans et dehors, dans sa globalité.




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